Quelque part dans l’immensité du cosmos, un signal attend d’être capté. Mais pendant que vos sondes sillonnent le système solaire, vos concurrent·e·s scrutent le même ciel : la course à la découverte est lancée.
SETI : À la Recherche d’Intelligence Extraterrestre est un eurogame pour 1 à 4 joueureuses, conçu par Tomáš Holek et publié en 2024 par Czech Games Edition, avec une localisation française assurée par Iello. Il a fait sensation à Essen dès sa sortie : rupture de stock quasi immédiate, Diamant d’Or 2025, Golden Geek Award meilleur jeu expert, et on comprend rapidement pourquoi en l’ouvrant. Dans la lignée des classiques du genre mêlant gestion de ressources et combos d’actions avec peu d’interactions entre joueureuses, SETI a toutes les qualités attendues d’un jeu de sa catégorie, à condition d’y investir du temps.
La direction artistique et le matériel
La boîte regorge de matériel : entre le plateau principal représentant le système solaire avec ses quatre anneaux rotatifs, le plateau des planètes du système solaire, les plateaux individuels, les cartes (plus de 200), les jetons, cubes et marqueurs en tout genre, la mise en place prend facilement une quinzaine de minutes. Le résultat sur table est saisissant : ce système solaire en couches concentriques qu’on fait tourner en cours de partie est visuellement superbe et immédiatement thématique.
Les illustrations sont le fruit du travail d’une équipe de douze artistes tchèques, qui ont fait un superbe travail. Chaque carte représente une technologie, un projet ou une découverte (l’ISS, le Rover Perseverance, la sonde Voyager, le Grand collisionneur de hadrons, etc.), avec un niveau de détail et de cohérence graphique remarquable. C’est une véritable déclaration d’amour à la science spatiale, et moi qui me passionne depuis enfant pour ce sujet, ça donne envie de tout lire, de tout voir.
Une réserve cependant sur l’iconographie des cartes : elle est dense, peu intuitive au départ, et nécessite de garder l’aide de jeu constamment à portée de main au début. Ce n’est pas totalement rédhibitoire, mais préparez-vous à quelques allers-retours. Deuxième petit avertissement que m’ont fait remarquer mes collègues, il y a beaucoup de matériel, de pistes et de jetons, pas facile de s’y retrouver quand on joue pour la première fois.

La mécanique de jeu
SETI est un jeu de développement compétitif en 5 manches, dans lequel vous incarnez une agence spatiale à la recherche d’intelligence extraterrestre. À votre tour, vous jouez une action principale (lancer une sonde, scanner le ciel, analyser des données, développer des technologies, etc.) et autant d’actions gratuites que vous le souhaitez (dépenser une carte pour une ressource, déplacer une sonde, etc.). Pour engranger des points de victoire et remporter la partie, vous pourrez vous focaliser sur un aspect précis du jeu (par exemple, l’envoi de sondes sur des planètes pour récolter des informations) ou essayer de vous diversifier pour trouver les meilleures opportunités qui se présenteront durant la partie.
Le cœur du jeu repose aussi sur la gestion de vos cartes, toutes uniques, qui peuvent être jouées pour leurs effets, défaussées comme ressources, ou utilisées comme source de revenus à long terme. Ce choix constant crée une tension agréable et il sera difficile voire impossible d’accomplir tout ce que vous voudriez. Les ressources sont volontairement serrées, et faire beaucoup avec peu est la compétence centrale à développer.
Ce qui distingue vraiment SETI des autres eurogames, c’est son plateau rotatif, représentant les planètes tournant autour du soleil, modifiant les trajectoires des sondes tandis que le temps passe. Et surtout, la mécanique de découverte des races extraterrestres vient tout chambouler : en cours de partie, en analysant suffisamment de données et en mettant à jour des traces de vie, les joueureuses dévoilent progressivement l’existence des deux races aliens parmi cinq possibles, chacune modifiant le jeu en ouvrant des possibilités de nouvelles découvertes, nouvelles cartes, nouveaux points de victoire. Cette « surprise » en milieu de partie crée un vrai moment de basculement stratégique à chaque session. C’est le genre de mécanique qu’on n’oublie pas, et la combinaison des deux espèces rend chaque partie singulière, permettant une grande rejouabilité.

Session de jeu
Je me dois de parler sincèrement : je suis arrivé à SETI avec de grandes attentes, parce que la conquête spatiale et l’astronomie sont des thèmes qui me tiennent à cœur depuis l’enfance. Et le jeu n’a pas déçu.
J’ai d’abord exploré SETI en solo, où il se révèle excellent : le mode solitaire est bien calibré, tendu sans être punitif, et l’absence d’attente entre les tours le rend très fluide. Les modes de difficulté avancés sont de vrais casse-têtes ! J’ai ensuite enchaîné plusieurs parties à deux, où le jeu fonctionne bien également, même si la compétition sur les emplacements de sondes et les objectifs y est plus lisible qu’à plus grand nombre.
Samedi dernier, première session à 4. La dynamique change vraiment : la course aux objectifs devient urgente, les positions sur le plateau se disputent, et la tension monte d’un cran. La mécanique de rotation du système solaire prend tout son sens à cette configuration, il faut anticiper les prochains mouvements des sondes, saisir l’opportunité d’observer le ciel au bon moment lorsque la Terre est bien alignée avec le bon astre, et savoir se réadapter lorsque nos calculs n’ont pas fonctionné. Le plaisir était au rendez-vous, et la partie a duré moins de 3 heures, durée parfaite pour un jeu de cette envergure.

Un défaut structurel à signaler
Il faut en parler franchement : SETI est un jeu qui déborde. La quantité de matériel est impressionnante, et une bonne partie de ce matériel demande des manipulations constantes. Pour donner un exemple : l’action d’observation du ciel demande de défausser une carte de la rivière, prendre un jeton de données de l’étoile qu’on regarde, le remplacer par un jeton de notre couleur et tout cet enchaînement peut entraîner une succession d’effets supplémentaires : points de victoire à marquer, vérifier les paliers dépassés, déclencher les missions devant soi, etc. Il peut être très facile d’oublier une étape en cours de tour pendant ces cascades d’effets, en particulier quand on essaie de se concentrer sur les prochaines actions qu’on veut accomplir.
Cette gestion cognitive est le principal reproche qu’on lui fait sur BGG et dans la presse spécialisée, et il est légitime. Ce n’est pas une complexité stratégique, les décisions restent lisibles, c’est une complexité de suivi qui fatigue. Les premières parties s’accompagnent souvent d’un « attends, j’ai oublié de… » qui coupe le rythme. Avec l’habitude ça disparaît, mais il faut s’y faire. À mon avis, il aurait été préférable de supprimer complètement certains éléments matériels (comme les jetons de données par exemple) ou de les combiner avec d’autres pour économiser un peu de mémoire vive.
Points forts
- Thème magnifiquement intégré à la mécanique
- Le plateau rotatif et la découverte des races aliens rendent chaque partie unique
- Très bon quel que soit le nombre de joueureuses
- Direction artistique soignée, matériel de qualité
Points faibles
- Beaucoup de manipulations à suivre, facile d’oublier des étapes
- Iconographie peu intuitive au départ
- Le temps d’attente entre les tours peut parfois être long
Conclusion
SETI est un grand jeu expert qui assume pleinement ce qu’il est : ambitieux, dense, et récompensant. Pour les joueureuses qui aiment construire un moteur d’actions, optimiser leurs ressources et surtout être surpris·es par ce que la partie leur réserve, il tient toutes ses promesses. La thématique n’est pas un habillage superficiel, elle traverse chaque mécanique et chaque carte. C’est rare dans ce genre de jeu, et ça fait toute la différence.
À noter également que son extension ajoute la possibilité d’incarner des Agences Spatiales précises avec des règles différentes, qui orienteront vos parties. J’y ai pris énormément de plaisir aussi !
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Seti
79.00 CHF -
Seti – Agences Spatiales
37.00 CHF

